samedi 25 juin 2011

baccalauréat : contôle continu ou examen final ?


Contrôle continu ou examen final ?

La session de juin 2011 du baccalauréat a été entachée de soupçons de fraude, dont la presse a fait état pour l'épreuve de mathématiques en section S : sur un site de jeux vidéos il aurait été diffusée une question, à partir d'une capture par écran, la veille de l'épreuve.

La question s'est donc posée à nouveau de la pertinence d'un examen national ou du contrôle continu.



Les arguments en faveur du contrôle continu sont nombreux, mais réfutables.

  • Le contrôle continu mesure mieux la progression des élèves, et la régularité de leur progression (il évite ainsi le « bachotage », une absorption de cours non maîtrisés).
  • Il ne crée pas de stress, et mesure les performances dans la durée, alors qu'un examen ponctuel reste aléatoire quant aux réelles aptitudes : un candidat peut « s'effondrer » lors d'un examen, et pas en contrôle continu.
  • Il est plus complet, puisqu'il prend en compte l'ensemble d'un programme, sur toute l'année.
  • Il est économique et décentralisé.



Mais les objections sont nombreuses, et rédhibitoires.


  • La première est celle des pressions auxquelles les jurys seront soumis. Elles existent déjà dans le cadre de l'examen national du baccalauréat, mais proviennent de « l'administration ». Or les parents d'élèves, voire les élèves eux-mêmes exercent ou tentent d'exercer des pressions sur les enseignants en cours d'année (parfois relayées par la direction de l'établissement ou pis par les « collègues »). Pressions qui vont jusqu'à la menace : pour caricaturer : soit « je connais bien M. X, inspecteur... », soit « je sais où vous habitez... ». Je parle d'expérience, ayant eu droit aux deux types. Quant aux convocations du chef d'établissement parce que les notes ne correspondent pas aux « objectifs », ou que les parents ont téléphoné (sans prendre contact avec le professeur), j'en ai essuyé plus que ma part.
  • Le contrôle continu engendre autant de « stress » et de tension pour les candidats qu'un examen final, mais il le duplique à chaque contrôle.
  • Les performances sont-elles mesurées dans la durée ou ponctuellent ? Ou ne sont-elles prises en compte qu'au fur et à mesure ? Sans cumul. Si chaque grand chapitre est évalué en contrôle continu, est-on sûr que les chapitres seront connus en fin d'année ? En se mobilisant sur une question, puis sur une autre, il n'est pas certain qu'un prgramme soit assimulé.
  • L'argument du coût est le pire. Je viens de lire qu'un candidat au baccalauréat coûterait 83€. J'ignore d'où sort ce chiffre et je veux l'ignorer : combien coûte-t-il d'être vivant plutôt que mort ?
  • L'argument de la décentralisation ne vaut pas mieux. D'une part le baccalauréat est valide sur l'ensemble du territoire. D'autre part se profile la tentation de l'État à se décharger sur d'autres instances (régions, départements) de ses responsabilités, surtout financières. Or un baccalauréat marseillais donnerait-il le même accès à une université grenobloise qu'un baccalauréat parisien ?

    In fine le contrôle continu est plus injuste que l'examen national. Mais en attaquant le baccalauréat  "national", ne rêve-t-on pas de démanteler un pan du service - encore public - de l'éducation nationale ? En effet, si le contrôle continu devient la règle, les établissements délivreront le diplôme et seront en concurrence, "libre et non faussée" (sic). On sait ce qu'il advient en pareil cas,  et c'est la porte ouverte à la marchandisation. ... et pour rétablir un semblant d'égalité les universités devraient procéder à un examen d'entrée !

lundi 13 juin 2011

solidarité ?

Journée de Solidarité Nationale


Ce lundi de pentecôte (une fête chrétienne) a été rebaptisé « Journée de Solidarité Nationale » après la canicule de 2003, qui a entrainé une surmortalité d'environ 15000 personnes âgées.

Rappelons schématiquement les faits (Wikipedia en fait état).

De la dernière semaine de juillet 2003 à la seconde semaine d'août 2003 s'instaure une période de canicule : les températures diurnes sont élevées (les 30°Celsius sont fréquemment dépassés, à l'ombre), et les températures nocturnes le sont également (il a été constaté plus de 25° Celsius).

Nombre de personnes âgées isolées meurent. Les services d'urgences puis les pompes funèbres, débordées par cet afflux, préviennent les autorités sanitaires, d'abord, puis plus généralement, de la gravité de la situation. L'impéritie des autorités apparait en pleine lumière. Le ministre de la santé fait une intervention télévisée de son lieu de vacances (rentrer à Paris ne lui semblait pas utile) : il n'y a pas de problème. Quelques jours après on doit dédier un entrepôt réfrigéré de Rungis pour « stocker » les cadavres que ne peuvent accueillir les morgues... Le président de la République est en vacances, quant au premier ministre, on l'entend pas.

Quinze mille morts plus tard, après le 15 août, on entend enfin les politiques. Et c'est une catastrophe que n'ont pas relevée les médias (évidemment).

Premièrement. Au lieu de s'interroger sur les carences des services de l'État, on reporte la responsabilité sur les familles : elles n'auraient pas dû partir en vacances – de la vacance du pouvoir en cette crise sanitaire on ne parlera pas.

Deuxièmement. La propagande gouvernementale, relayée par la presse (communication, dit-on), a accusé les familles de délaisser les « anciens », dont un pourcentage notable n'avait plus de famille, et sans fonder ces accusations sur des données vérifiables. Ainsi la carence des autorités a été mise sur le dos de celle des familles (quand il y en avait), beau procédé de responsable ! (c'est pas moi, c'est l'autre).

Troisièmement. Le premier ministre, Raffarin, a institué une « Journée de Solidarité » : une journée de travail dont le payement irait aux personnes âgées. C'était la première marche vers le rétablissement de la corvée. Et de façon d'autant plus révoltante qu'elle suivait une logique perverse : les vieillards meurent en nombre, vous nous le reprochez, vous payerez.
Parenthèse : existe-t-il un bilan financier de l'effort contributif demandé au salariés ?



L'euphémisme « journée de solidarité » n'abuse pas trop de monde, mais voilà que cet ancien premier ministre en propose une seconde... pour la dépendance, dit-on. Et pourquoi pas une troisème, une quatrième, etc. ? 

Le retour à l'ancien régime est déjà ancré par la corvée de la "journée de solidarité".
Attention, le retour à la Révolution pourrait se produire...


vendredi 10 juin 2011

non à l'assistanat ! (2)

Le Canard Enchaîné du 8 juin nous apprenait que M. Luc Ferry, Professeur de philosophie à l'Université Paris- 7- Diderot et payé par celle-ci pour 4500€ nets mensuels environ (enseignement annuel de 192 heures), n'aurait pas assuré de cours. En effet il aurait été "détaché" (encaissant au passage un complément de 1800€ mensuels), comme "président délégué" du Conseil d'Analyse de la Société (CAS), sous la responsabilité de Matignon (services du Premier Ministre). Et la situation durerait depuis 1997 (à l'exception de son emploi comme ministre). La faculté paie quelqu'un qui n'assure aucun cours, alors qu'en cas de détachement, c'est l'institution chez laquelle on est détaché qui verse le salaire.
Dernier développement (le 10 juin 2011). Matignon (les services du premier ministre) aurait promis de rembourser les salaires de M. Luc Ferry à l'Université Paris 7-Diderot. En effet, si M. Ferry était détaché au CAS, c'est Matignon qui devait le rétribuer. Comment se fait-il que cette « régularisation » intervienne si tard ? Les services du premier ministre, qui préparent des lois, ignorent-ils celles en vigueur ? Ou estiment-ils que les lois et règlements qu'ils édictent et promulguent ne s'appliquent pas à tous ?

Il ne s'agira pas d'une « affaire », vu la célérité à l'étouffer. La résolution en urgence de la situation administrative de M. Ferry masque plusieurs questions.

  • Combien d'enseignants détachés sont-ils payés par le Ministère de l'Education Nationale au lieu de la structure qui les accueille ?
  • Combien de fonctionnaires sont-ils « détachés », en étant payés par leur administration d'origine ? En étant payés par leur administration d'affectation ?
  • Comment peut-on être Professeur d'Université sans assurer une heure de cours ? Et percevoir un salaire complet ?
  • Combien existe-t-il de ces "comités théodule" financés sur fonds publics, qui pondent des rapports et recasent les "amis" ? 
Il y aurait bien d'autres questions...

Mais le sentiment qui gagne est l’écœurement...

Et c'est aux pauvres de payer, avec le retour de la corvée. Pendant que ces gens-là se gobergent...



vendredi 3 juin 2011

non à l'assistanat !

L'un des thèmes du débat social, ou sociétal, que l'UMP veut promouvoir est celui de la lutte contre "l'assistanat". C'est-à-dire la systématisation de l'assistance, celle-ci référant aux aides publiques, concrètement aux prestations sociales (RSA, allocations diverses, ...). Mais c'est déjà réduire le champ de l'assistanat. Il faut intégrer à celui-ci toutes les aides publiques !

Changement de perspective et révolution copernicienne garantis.
Qui, en France, bénéficie directement ou indirectement de l'aide publique, sous la forme de prestations, de versements financiers, ou d'exonérations ? 
Les exonérations diverses sont une forme d'assistanat qui dispense certains groupes de la loi commune, et de la concurrence (libre et non faussée). Ces exonérations n'ont cessé de proliférer. T.V.A. réduite pour la restauration, niches fiscales, subventions à l'agriculture, gazole à prix réduit pour les transporteurs routiers (réclamé récemment par les taxis), ... 
Au chapitre des versements directs, le renflouage des banque privées fut un cas d'école (même si l'on nous dit qu'elles auraient remboursé avec intérêts et que ce serait une bonne affaire pour les finances publiques).  Mais la privatisation des autoroutes, financées par les impôts, au moment où elles devenaient rentables revient aussi à un financement direct : l'état paye un équipement, puis le cède dès qu'il devient rentable, vol inqualifiable, commis avec la participation des hauts fonctionnaires et des "représentants" de la nation ! Ne comptons pas le nombre de plans d'aide à tel ou tel secteur industriel, sans résultat aucun que l'évaporation des fonds publics.
Les prestations diverses constituent un maquis, non pas pour les allocataires nécessiteux, mais pour ceux qui s'estiment appartenir à l'élite. Députés et sénateurs, conseillers régionaux et départementaux, députés européens, coûtent bien plus de trois smic, pour un service non quantifiable. Les managers mercenaires se font attribuer des rémunérations et des "facilités" sans rapport avec leurs compétences (il est vrai que cette prédation concerne les entreprises qu'ils dirigent). Mais combien de ces entreprises survivraient sans les commandes publiques ?

Mais il sera plus simple de rétablir la corvée en imposant aux "bénéficiaires" du RSA de travailler gratuitement. Haro sur les pauvres !