lundi 25 juillet 2011

Attentats en Norvège : Breivik

Il est difficile ne pas se sentir concerné, en tant qu'humain, par la tuerie de masse qui vient d'avoir lieu en Norvège, attribuée à Anders Behring Breivik, Norvégien bon teint (de souche diraient certains), et préparée depuis plusieurs années.



En quoi cette tuerie peut-elle nous interroger ?



Tout d'abord en tant que victimes potentielles. Sans être paranoïaque, il importe de considérer que tout regroupement peut être une cible pour une tuerie de masse. Si l'on prend en compte ce « paramètre », comment organiser, (ou participer à) un rassemblement, une manifestation, un carnaval ? Qui plus est Breivik portait un uniforme de policier lors de la tuerie sur l'île d'Utoya – une île, lieu difficile à évacuer en quelques minutes … et la mer est froide en Norvège. En général, un véritable tueur, un escroc, et autres hors-la-loi, s'ils veulent être « opérationnels », affichent la plus grande normalité, surtout quand leurs actes sont prémédités.

Ainsi plus de vigilance sera requise de la part des organisateurs pour contrôler l'identité des participants, mais elle semble vouée à l'échec et ne représentera qu'une contrainte supplémentaire pour les usagers, de quoi les dégoûter et les humilier (penser aux contraintes dans les aéroports). Or les rassemblements publics, mêmes festifs, sont la cible des pouvoirs autoritaires, car ils sont difficilement « contrôlables », même par les organisateurs. Ira-t-on vers la restriction des rassemblements, ou vers leur « sécurisation » ? Or chaque fois que la sécurité avance, la liberté régresse, dans nos sociétés « avancées » - on se demande en quoi.



Sur le fond de la tuerie de masse. Quelle que soit l'idéologie exprimée, sur laquelle les « spécialistes » glosent à l'infini, la tuerie de masse correspond à une pathologie plus répandue qu'il ne le paraît.
a- L'assurance d'avoir raison, même et surtout contre tous. Elle est distillée par l'ensemble des sectes, partis, voire dans les écoles de commerce et de gestion, ou par les institutions étatiques et même les médias (pour ces derniers, voir le syndrome TINA [There Is No Alternative], aussi appelé "pensée unique"). Toutes les « idéologies » en procèdent. En livrant une explication du monde, elles confortent les gens dans une vision et une grille de lecture rassurante, parce qu'elle donne du sens à l'indéfini du réel vécu, vision structurée, structurante, et par là-même déstructurée. En effet, face à un réel « informé » (et donc déformé) par une grille de lecture plus ou moins élaborée, l'on tend à se détacher du réel, à n'admettre que ce qui conforte la représentation que nous avons. Mais qu'est-ce que le réel ?
b- L'absence d'empathie avec les autres humains. « Victimes nécessaires », « sous hommes », etc, les « autres » n'ont pas qualité d'humain pour le tueur, ou d'humain comme lui.
Or cette pathologie est l'une des plus répandues. Stigmatiser les allocataires du RSA comme M . Wauquiez en est une preuve. L'autre est menace, ennemi potentiel.
c- La croyance qu'une action minoritaire puisse influer une action majoritaire. Cette vision a été théorisée par Lénine. Il est en effet plus que difficile, si l'on a des convictions, de rallier un grand nombre de citoyens conscients et de les convaincre, puis de les faire agir. 
Mais ceux qui veulent influencer pour imposer leurs idées, n'ont que faire de "citoyens actifs et conscients". Il ne s'agit pas d'un « fonctionnement démocratique » dans la mesure où celui (ou ceux) qui s'estiment détenir une vérité ne cherchent pas à en débattre mais à l'imposer aux autres, quels que soient les moyens (les sectes en sont un exemple). 

Alors il y aura d'autres Breivik... tant que l'on dressera les citoyens les uns contre les autres en fustigeant ceux-ci, puis ceux-là, tant que la classe politique et les médias confisqueront la parole à la population, et tant que la classe dominante poursuivra la spoliation des populations à son profit.

samedi 23 juillet 2011

Du pouvoir des mots

"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu" (évangile de Jean).


Langage et pensée sont indissociables. La pensée ne s'exprime pas en dehors du langage, même le "langage" mathématique ou les "langages" informatiques apparaissent comme des ersatz du langage naturel (celui que les humains pratiquent entre eux au quotidien). La langue a d'ailleurs été bien définie par Benveniste comme pouvant parler d'elle-même, ce qui la distingue de ce que par analogie on a appelé "langue" ou "langage".
Or l'on n'a de cesse de vouloir peser sur le langage, les mots notamment. On, qui est-ce ? Tous ceux qui peuvent diffuser leur parole : institutions, lobbys, politiques, journalistes, publicitaires, "communicants", et j'en passe. Dans tous les cas, il s'agit de diffuser une parole trompeuse, qui vise à influencer la pensée ou les choix du citoyen. En somme, le Staffel-Propaganda. Et les procédés mis en oeuvre sont trop nombreux pour que l'on puisse les recenser exhaustivement.
J'en citerai un, très fréquent, le détournement de sens. Par exemple, en Belgique, il existe l'université libre de Louvain, et l'université catholique de la même ville. "Libre" réfère à "laïque". Alors qu'en France, l'enseignement confessionnel est dit "libre" ! Le Nouveau Centre regroupe des politiciens de carrière, "blanchis sous le harnois". La Couverture Maladie Universelle (C.M.U.) n'a rien d'universel (d'autant plus qu'un nombre croissant de médecins refuse de soigner ceux qui en sont "bénéficiaires" - encore un terme détourné). Ne parlons pas de la publicité, qui en se nommant ainsi a réussi un rapt de respectabilité par rapport au terme de "réclame". Et qui, sans cesse, détourne le sens des mots et cherche à leur attacher des connotations diverses, quand elle ne cherche pas à imposer ses mots. De même la propagande est devenue "communication", ainsi l'on "communique" sur une firme, sur un produit, sur un homme politique ! En jouant habilement de la similitude entre communiquer et communier (alors que le premier comprend niquer - ce n'est pas très fin, j'en conviens).

Il faut noter aussi la litote dépréciative usitée pour déconsidérer par le mépris ceux que l'on ne veut pas entendre, parallèle à l'hyperbole disqualifiante. Ainsi politiques et médias parleront de "grogne" pour un mouvement de revendication social. Non pas l'action de grogner de l'ours qui va charger, mais celle de l'enfant grognon : les revendications sont ainsi assimilées à des caprices. En effet, qu'est-il de plus capricieux que de réclamer un augmentation de salaire ou de meilleures conditions de travail ? Les salariés sont vraiment de grands enfants ! Les employés de L'ONF (les forestiers en d'autres termes) qui se suicident témoignent d'un malaise. Se donner la mort pour un malaise... Décidément, le salarié, même diplômé, ne comprend rien.

Sinon, les grévistes "prennent en otage" de malheureux citoyens. L'on est dans l'hyperbole, car une prise d'otage est autrement plus dramatique. Hyperbole aussi dans l'emploi du mot "privilège" appliqué aux fonctionnaires (entre autres). Leur statut résulte d'un contrat défini par la loi, et comporte des servitudes dont les politiques et les médias oublient de parler. Il est vrai que le discours anti-fonctionnaires couvre les avantages que s'octroient les politiques, qui coûtent cher à la nation pour un piètre service.

"Pauvre" sénatrice

Le site Atlantico.fr, proche de l'UMP, a diffusé cette semaine des extraits d'une lettre adressé au ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel (ou à son cabinet) par une sénatrice. Ladite sénatrice demande la faveur suivante : que son fils soit admis dans un internat public alors qu'elle dépasse largement le plafond de ressources. Elle argumente an arguant que, de ses plus de 9000€ mensuels, il ne lui reste "que" 2000€ pour vivre. Nous renvoyons à l'article du site Atlantico.fr (http://www.atlantico.fr/decryptage/senatrice-verte-alima-boumediene-thiery-internat-fils-criteres-sociaux-reclamation-148366.html).

Quelques réflexions connexes s'imposent, outre le très mauvais argumentaire de la sénatrice sur sa condition financière, inqualifiable, faux, et d'une sottise consternante.

Il est également inqualifiable de la part d'une représentante du pouvoir législatif d'écrire au ministre pour obtenir un "passe-droit" (bien nommé en l'occurrence). Est-elle au-dessus des lois ? Considère-t-elle que le ministre est habilité à enfreindre la loi ? Comment considérer un pays dont les lois sont contournées, ignorées ou piétinées par des politiques censés les produire ?
On objectera certes que le personnel politique "rend service" aux citoyens qui le sollicitent (écrire au député, demander une faveur au maire, ...) : c'est un fonctionnement de type mafieux, et il serait grand temps d'y mettre bon ordre, pour seulement respecter la justice, et l'égalité de droit.

Mais comment se fait-il que cette lettre d'une sénatrice "écologiste" ait pu aboutir sur un site internet apparenté à l'UMP ? Cette demande de "passe-droit" et non d'autres ? La diffusion d'extraits de cette lettre (et son obtention) relève peut-être de  procédés "à la Murdoch", qui font actuellement scandale en Angleterre. 

Si le site atlantico veut faire souffler un vent de saine transparence quant aux abus et passe-droits de "nos" élus, c'est une initiative salutaire, mais il ne faut pas la limiter à une sénatrice écologiste. 
Si au contraire il s'agit de remuer la boue pour discréditer des adversaires  politiques sur la question des moeurs, outre que ce type de campagne "pue", un effet boomerang est assez probable car le parti au pouvoir attire toujours son lot d'aigrefins et d'escrocs.

vendredi 15 juillet 2011

EAF

Correction du baccalauréat : épreuves anticipées de français (E.A.F.), session de juin-juillet 2011.


Quelques impressions, passées les corrections de l'écrit et les épreuves orales.

J'ai « opéré » pour 57 candidats de la série STG et 8 de la série Hôtellerie (etc), soient 65 candidats. Le coefficient est de 3 seulement (2 pour l'écrit, 1 pour l'oral) pour cette matière.

Pourquoi livrer mes impressions de correcteur ? L'inspection livrera certainement au ministère des données chiffrées passées à la moulinette statistique, mais qui ne seront peut-être pas publiées : en effet les notes définitives seront celles avalisées ou modifiées par les commissions du baccalauréat l'an prochain. Mais la statistique ne rendra pas compte de ce qui se passe, surtout pour ceux qui se souviennent des livrets d'évaluation des élèves de seconde : a-t-il produit un écrit, cochez 1 ; a-t-il utilisé l'imparfait, cochez 1... Et ainsi de suite : « l'exercice » de rédaction pouvait être coté favorablement sans que l'élève ait produit un texte sensé ! Or l'on constate maintenant qu'il faut à toute force mettre au moins quelques points à des devoirs à peine rédigés, avec moins de 50% des phrases correctes, claires et sans fautes. Pour mémoire, un taux de reconnaissance des caractères inférieur à 99% est rédhibitoire pour un logiciel d'O.C.R. (reconnaissance optique des caractères) – le sens échappe encore aux automates. Alors oui, il faut bien que des correcteurs fassent part de leur expérience, hors du discours convenu de la hiérarchie. Il faut surtout que le citoyen connaisse la déliquescence dans laquelle, et en son nom, nos « élites » plongent l'éducation nationale (sans jamais avouer leurs plans).

Le pire, la syntaxe de la phrase non maîtrisée (erreurs de construction) : absence de verbe, phrases de cinq lignes ou plus dont la structure n'est pas perceptible, zeugmes (la phrase commence avec une construction, et se poursuit avec une autre). Au point que dans certains devoirs, plus de 20% des phrases étaient fautives (sans compter le pur charabia). C'est la première fois que le taux de phrases fautives atteint un tel degré : depuis des années les correcteurs déplorent la faiblesse de l'orthographe, mais quand la syntaxe est atteinte, la situation est très grave. Quand des aspirants bacheliers ne savent plus faire de phrases, que dire de la maîtrise de la langue ?

L'orthographe est aussi aléatoire que ces dernières années, mais j'ai eu l'impression que le nombre d'erreurs était stable (il est vrai que cette année j'avais en classe presqu'un huitième de dyslexiques, déclarés, ou pretendûment « guéris »). Les impropriétés sont en revanche de plus en plus nombreuses chaque année (et cela aussi dans les classes), qu'elles touchent le lexique « spécifique » aux lettres (acteur au lieu de personnage, incipit pour scène d'exposition, locuteur pour auteur ou dramaturge, …) ou le lexique courant (au point que la lecture ne permet pas de comprendre le sens de ce qui a été écrit).

Les questions et les sujets « d'écriture » semblent avoir été peu ou mal compris. Je n'ai vu aucune réponse aux question qui fût complète, et beaucoup étaient hors-sujet totalement ou partiellement. Moins de cinq copies proposaient de l'analyse, quant aux réponses synthétiques, elles furent encore moins nombreuses. La plupart des candidats ont répondu par une description partielle du corpus, agrémentée d'un peu de verbiage. Le sujet d'invention ne comportait pas d'argumentation ni de débat (quant à la forme du dialogue « d'idées », elle semble inconnue de nos candidats). Le commentaire, choisi par une écrasante majorité, n'a que trop rarement donné lieu à l'analyse du texte. Le plus souvent, aussi, un des deux « axes » proposés par le sujet a été sacrifié, faute de temps ou plus certainement, faute de réflexion préalable. Enfin, comme il arrive souvent dans les séries technologiques, les « audacieux » qui ont choisi la dissertation l'ont fait par incapacité à traiter les autres sujets, et non par goût ni par maîtrise de cet exercice (une seule copie présentait des références précises à des œuvres théâtrales).

La rhétorique (la composition du devoir, plus concrètement) péchait le plus souvent. Trop rares étaient les transitions, les conclusions partielles des développements, la conclusion générale qui au moins récapitule les étapes du raisonnement (il est vrai que ce dernier était fréquemment absent). Il est même arrivé que manquât l'introduction (pour le sujet d'invention).

L'épreuve orale était aussi décevante. Les défauts habituels semblent se renforcer : pour être lapidaire : le candidat fournit un exposé à côté du texte (qu'il évite soigneusement d'analyser ou d'expliquer), à partir d'une fiche qu'il peine à restituer, voire à comprendre. Il fallait déployer des trésors d'ingénieuse bienveillance pour que l'entretien comportât quelque contenu.

Quel sentiment de gâchis et d'absurdité ont pu ressentir bien des correcteurs durant plus de deux semaines ! Et l'on me demande en plus de « remonter » mes notes … alors que je n'avais presque rien à évaluer ... Enfin, il y aura une heure de moins d'enseignement du français dans les séries technologiques à partir de la prochaine rentrée, réforme oblige. À quand la suppression pure et simple de cette épreuve ? Ou sa dilution dans un contrôle continu qui permettra toutes les pressions ?

Il s'est déjà vu, dans d'autres secteurs, que l'on privatise un service public après l'avoir délibérément saboté à coup de « réformes » et de nouvelles gouvernances. L'efficience du service rendu est-elle avérée ?