vendredi 24 février 2012

Presidentelle (4)

Présidentielle (3) : fin février
 
La campagne pour l'élection présidentielle français bat son plein en ce moment, et sans doute les mois de mars et d'avril. Le rouleau compresseur est en marche et l'on essaie d'influencer les électeurs (que l'on veut croire décérébrés). 
 
Les sondages, ou "enquêtes d'opinion(s)"Ces "enquêtes", menées par téléphone auprès d'un panel qui avoisine le millier de personnes sont fournies aux rédactions des journaux papier, radiophoniques ou télévisés. Avec une analyse prémâchée. Pure tromperie...
 
Tout d'abord sur le panel et sur le traitement des résultats. J'ai été inscrit deux ans durant au panel de l'IFOP. Sollicité trois fois. "Redressé" deux fois : il n'était pas concevable qu'au vu de ma profession je pusse voter pour un candidat centriste : les intentions de vote étaient déduites à l'avance. Belle "mesure" ! Et pour un pays de 64 Millions d'habitants, interroger 1000 personnes est très représentatif !
Toutefois les instituts (sic) de sondage ont su se faire une place au soleil : pas un secteur ne leur échappe, de la lessive "élue de l'année" à la politique. Ce hold-up marchand et généralisé sur ce que "doit" penser le citoyen - mais présenté comme ce qu'il pense - contribue au décalage ressenti (mais inexprimable) en ce que vit la population et la représentation qu'on lui en donne. Qui plus est, les sondagiers se font inviter sur les ondes en tant "qu'experts" objectifs - mais voyez qui les paye (en fin de compte : vous, à votre insu). La boucle tourne en rond : sondage commandité, puis commenté, et autre sondage ...
Quelles sont les incidences, supposées ? Quand il s'agit du lancement d'un nouveau yaourt, malgré le bruit sondagier et publicitaire, les ventes se stabilisent ou s'effondrent si le produit n'apporte rien. L'entreprise d'enquête prend son bénéfice tout de même, voire proposera une autre campagne.
Le problème est qu'un candidat à la présidence n'est pas exactement un "produit", même si l'on essaye de le réduire à cela, selon une vision réductrice de l'action politique. Certes le "storytelling" et les "spin doctors" incitent à restreindre la candidature politique à un jeu de rôle, venu tout droit des USA.
 
Les Médias
En France, les médias (presse écrite, radiophonique, télévisuelle) sont aux mains d'intérêts privés dont la consanguinité avec le pouvoir exécutif relève d'une dictature bananière, à cela près que ce sont eux qui imposent leur tempo. Les interventions continues du "président-candidat" saturent tous les médias depuis une semaine.
S'informer est particulièrement difficile. Un exemple. Si les fils des agence Reuters ou AFP sont accessibles sur Yahoo!actualites, les sites tels qu'Atlantico (UMP) ou Slate ont égale dignité : si l'on n'est pas attentif, on est "basculé" sur un site "idéologique" mais qui ne s'affiche pas comme tel.
Comment faire ? car cet envahissement par saturation peut mener à se restreindre à quelques sites connus de soi, ce qui n'ouvre guère au débat.
 
En somme, l'appétence des citoyens pour le débat risque d'être une nouvelle fois déçue :
- des débats spectacles où les candidats sont jaugés aux "bons mots" et à leur capacité à "enfoncer" l'advesaire,
- des pseudos débats pleins de chiffres qui seront dépassés dans les deux mois,
- etc...
Les projets seront-ils énoncés (s'ils existent) ? Quelle société sera proposée ? ...
Les médias n'ont que faire des choix de société auxquels pourraient être conviés les électeurs, car ces choix ne relèvent pas du spectacle.
 
A ce jour ?
Marine le Pen sera très probablement présente au premier tour, mais elle risque de stagner dans les intentions de vote. Sa dernière prestation télévisée à France2 ne l'a pas avantagée, mais aura conforté ses soutiens, car elle a été mal traitée, et injustement. M. Mélenchon a gagné en crédibilité comme candidat pugnace, mais il reste entaché par son rôle de "ramasse-miettes" pour Hollande. 

Ce dernier est occulté par les médias "bien-pensants", mais aussi emberlificoté par son programme, qu'il n'arrive pas encore à promouvoir. Quant au candidat Sarkozy, qui multiplie les annonces de faire ce qu'il n'a pas fait, il est pour le moins pathétique.
Rien n'est joué, à ce jour

jeudi 23 février 2012

Grèce : un modèle ?

La Grèce : un modèle ?
 
L'accord entre les créanciers de la Grèce est un modèle pour d'autres accords à venir, en Europe surtout. Cette expérimentation est à suivre de près.
 
Qu'en est-il (en simplifiant beaucoup)?
Il a été accordé un prêt à l'état grec afin qu'il puisse faire face à ses échéances de remboursements des dettes. L'état grec se serait endetté au-delà de ses moyens. Très au-delà. 
 
Il faut rétablir quelques vérités.
- Les prêteurs à l'état grec étaient des investisseurs privés (banques et assurances) d'origine étrangère visant la rentabilité de leurs prêts. En empruntant à un ou deux pour cents et en prêtant à cinq à sept pour cents, les créanciers gagnent beaucoup, même si les prêts ne viennent pas à échéance.
- L'Europe (FMI, BCE, Commission européenne) a "concédé" une aide à la Grèce de 230 milliards d'euros (chiffrage sujet à caution). Mais à des conditions draconiennes : le versement de cette aide sera surveillé, et surtout sera affecté au remboursement des créanciers.
- En somme, le peuple grec sera sommé de payer : baisses de salaires, suppressions d'emplois dans le public, vente de biens publics, ... Tout ce que l'AGCS préconisait indirectement depuis les années 90 du siècle dernier.
On assiste donc à une privatisation accélérée de la santé, des transports, de l'énergie, de l'éducation, ... C'est cette accélération qui reste à observer, imposée "d'en haut".
 

Le deuxième fait est la mise sous tutelle économique ou financière d'un pays, d'un état. La "Troïka" gèrera les finances du pays, quelle que soit la représentation nationale élue. Et les membres de la "Troïka" ne sont pas des élus. Même si les élus sont corruptibles ou corrompus, le vote populaire peut les remplacer. Mais non une "troïka" de fonctionnaires internationaux nommés à l'extérieur.
 

Donc ce qui sera à suivre :
 
La mise sous tutelle d'une population,
L'imposition de l'ACGS,
Les "sacrifices" que l'on peut imposer à un peuple pour payer les erreurs des "gestionnaires".

jeudi 16 février 2012

Consortium (11)

En marge de la réunion de Kiev, une communication assez étrange, mais paranoïde, a attiré notre attention. Le sujet portait sur l'alimentation mondiale, mais nous laisserons l'orateur anonyme (pour qu'il puisse continuer à exercer).
"Malgré leur concurrence, les firmes agro-alimentaires internationales modifient de concert la production, la transformation et les flux des denrées alimentaires.
La maîtrise de la vente des semences est en passe d'être gagnée, à l'aide de législations favorables. Les agriculteurs qui achètent des semences ne peuvent les reproduire, en raison d'un droit de propriété intellectuel sur l'invention et la conception de ces semences. Comme elles sont de plus en plus des produits de l'ingénierie, et comme les semences "sauvages" continuent à être brevetées, l'agriculteur devient moins autonome, et devient un salarié des firmes avec lesquelles il passe contrat. Il existe d'ailleurs une agriculture "intégrée" : le producteur passe commande de semences, d'engrais et de pesticides. Il vend une récolte qui peut lui avoir été achetée à un prix convenu, ou il la vend librement, aux risques du marché. Les prix de vente sont fixés par les acheteurs, le plus souvent : principalement les industries agro-alimentaires qui transforment les récoltes en boîtes de céréales (pour caricaturer). Ces dernières, firmes internationales, mettent en concurrence des producteurs des cinq continents.
Les avantages sont conséquents. La firme qui vend les semences, les "intrants" (engrais surtout, aliments pour le bétail, ...) peut fixer ses prix. Dans des modèles plus intégrés, elle achète la production, fournit des prestations de conseil, voire des crédits et des matériels."

Mais les risques restent au producteur. S'il était salarié, les risques reviendraient en partie aux firmes. C'est la nuance que nous apportons : toutes les charges de l'emploi salarié restent au producteur. Qui peut se penser entrepreneur. Certes des subventions, sur l'ensemble des continents (mais plus au Nord), soutiennent les producteurs (aux frais des contribuables), afin qu'ils puissent continuer à acheter et vendre aux firmes -ce n'est pas le but officiel des subventions, mais c'est le résultat.

Toutefois reste la question des terres arables disponibles, dont les surfaces tendent à diminuer et sur lesquelles les pressions restent fortes, voire s'accroissent. Que certains pays louent pour 99 ans des terres en Afrique ne saurait être une solution viable à long terme : un contrat de location se remet en cause, surtout en cas de changement de régime politique du pays bailleur. Les solutions de nos firmes intégrées ont un bel avenir : les agriculteurs et les gouvernements restent propriétaires des terres agricoles. Et pensent travailler pour eux-mêmes.

Il serait plus facile, vu l'industrialisation de ces filières, d'appliquer la mondialisation à l'élevage des volailles, voire du porc, qui peuvent se pratiquer "hors-sol". D'ailleurs, pour le poulet, le processus est bien avancé, mais pas suffisamment encore. Le jour où l'Afrique des zones semi-arides se lancera dans l'élevage et le conditionnement du poulet, elle aura un avantage concurrentiel pour pénétrer les marchés sud-américain, européen, et asiatique.

vendredi 10 février 2012

consortium (10)

La dernière rencontre a été clairsemée : la ville de Kiev présente peu d'attrait touristique par ces grands froids. Ce choix tenait à la présence de nos amis russes et caucasiens. 

Si 2012 pourrait être l'année des politiques avec le renouvellement des exécutifs aux USA, en Russie, dans plusieurs pays d'Europe et du monde arabe, il n'y a pas de grands bouleversements à en attendre, à cela près que "la rue" se manifeste plus que lors de précédents renouvellements. Mais les mouvements de rue ne débouchent pas encore sur une alternative solide. Suivre les cas tunisien et égyptien est pour l'instant instructif : l'islamisme est en passe de l'emporter. Une dictature verticale est tombée, remplacée probablement par une dictature horizontale et une surveillance plus serrée, mais plus diffuse, de la population. En Libye, qui a des ressources autres que le tourisme, c'est un ordre tribal qui est en passe de l'emporter. Quant à la Syrie, si le gouvernement ne parvient pas à réprimer, il lui reste la solution de la partition.

Mais nos amis russes et caucasiens ne devraient pas s'inquiéter dans l'immédiat. 

D'une part l'ONU s'est laissée discréditer dans l'affaire libyenne, en laissant l'OTAN (et principalement la France) outrepasser son mandat. Et la contagion des printemps arabes, qui virent à l'hiver islamiste, est peu probable, c'est un fantasme "occidental", que se ressassent des "élites" grassement nourries "hors-sol" - comme les dindes dans certains élevages.

D'autre part, l'Europe et les USA sont englués dans leurs problèmes financiers, dont ils ne sont pas près de sortir en nommant des affidés de Goldman & Sachs pour les résoudre. Cette banque fonctionne comme une secte dont l'objet serait de s'enrichir tant et plus, et même en ruinant sciemment ses clients. Directement ou non, ils inspirent les politiques économiques et affaiblissent les états dont ils se sont rendus maîtres. Certes un empire qui s'affaiblit peut avoir les réactions d'un animal blessé : le bourbier afghan, les provocations iraniennes, pourraient donner lieu à un conflit supplémentaire dans la région. Mais ce serait une aubaine pour nos amis si le détroit d'Ormuz était indisponible pour quelques mois. Donc surveiller, suivre l'affaire, mais sans inquiétude.

Enfin la Chine (surtout), et l'Inde (moins directement accessible par voie terrestre ou maritime) ont de grands appétits pour les matières premières que produisent nos amis russes et caucasiens. Certes la Chine ne s'engagera pas dans une relation de dépendance comme les pays européens à qui l'on peut couper le gaz. Mais la Chine est pragmatique, en dépit d'un nationalisme sourcilleux, dont on peut s'accommoder aisément, tant qu'il reste à usage interne. 

Quelles ont été les suggestions de cette réunion de Kiev ?
  • Garder la maîtrise des ressources en énergie et matières premières, et en développer la production.
  • Stabiliser le commerce avec l'Europe, qui peut fournir encore quelques années des transferts de technologie.
  • Accroître le commerce avec la Chine, mais sous conditions.
  • Voir le modèle de la Norvège, comment la rente pétrolière a profité à la population. La question de la cohésion sociale sera sans doute importante, surtout au deuxième semestre 2012. 

samedi 4 février 2012

présidentielle française (3)

Les outsiders, pour reprendre un terme hippique et anglais, sont au nombre de trois (au-dessus de 7% dans les sondages, dont on rappelle le manque de fiabilité).

M. Mélenchon (Front de Gauche) présente un projet en rupture avec l'idéologie néo-libérale actuelle. Mais ce programme comporte des contradictions notoires : changer de système en restant dans l'Europe des technocrates (et bancocrates) semble pour le moins naïf, ainsi que d'espérer que les peuples d'Europe suivront... Ce qui décrédibilise sa démarche, est qu'il apparaît comme le ramasse-miettes du PS dans les couches populaires. Son talent tribunicien, sa force de conviction, ne masqueront pas longtemps que le PS ne sera pas influencé par les suffrages qu'il pourrait apporter au deuxième tour : le PS a déjà M. Monterbourg...

M. Bayrou (Modem) pourrait séduire, à droite comme à gauche (la gauche "libérale"). Mais il stagne dans les sondages depuis une semaine. Certes nombre d'électeurs de M. Sarkozy pourraient être tentés par cette alternative promettant une rigueur habillée "d'humanisme". Le "produire français" sonne bien à l'oreille, mais avec un tissu industriel en déshérence, cela sonne creux : les délocalisations ont fait leur oeuvre depuis longtemps et l'étiquette "made in france" ne vaut rien. Quant à un programme qui panache celui de l'ump et celui du ps, il se situe dans la ligne d'un néo-libéralisme prôné par les institutions européennes non élues, et par d'autres, plus discrètes encore.

Mme Le Pen (Front National) présente réellement une candidature de rupture en prônant la sortie de l'euro, et le patriotisme (fort bien pratiqué hors de l'Europe). Certes le discours sur l'immigration peut gêner, mais il a été relayé par les ministres en place, ce qui l'a rendu audible et crédible. La presse écrite lui est hostile dans sa grande majorité et s'évertue à la rendre ridicule. Ce qui confortera les électeurs tentés par cette candidate vue comme anti-élites. 
Qu'elle ait ses parrainages ou non, elle pourra faire la surprise, au premier tour.


Sauf renversement profond de tendance, il est très probable que M. Hollande soit le futur président de la République, héritant d'une situation très conflictuelle.  Mais, s'il atteint la fin de son mandat, ce sera le dernier président de la cinquième république.



vendredi 3 février 2012

présidentielle française (2)

Pour l'élection présidentielle française le jeu reste apparemment ouvert à cette date, malgré ce que suggèrent les sondages "redressés" et si fréquents qu'ils en deviennent ridiculement inaudibles, malgré le soin que met la presse à les promouvoir.

Le candidat non déclaré, mais qui bat la campagne avec plusieurs déplacements par semaine, stagne à moins de 25% des intentions de vote au premier tour, dans les sondages ayant consulté moins de 2000 personnes, avec "redressement" des résultats. Mais il a fallu à M. Sarkozy (peut-être à son insu) recruter et faire acheminer des ouvriers à plusieurs kilomètres à la ronde pour avoir un peu de monde lors de la visite d'un chantier cette semaine. Certes, il n'est pas dit que les chantiers du bâtiment tournent à plein par une température de -8° celsius. Mais qu'il ait fallu chercher des figurants, ou comme l'écrit "le monde", composer un public, cela en dit long sur l'enthousiasme des populations quand le président de la République se déplace à leur rencontre. Le journal "l'humanité" de ce jour révèle un autre bidonnage, avec néanmoins une vidéo amateur peu convaincante.
Avec "la puissance de feu" médiatique dont il dispose, M. Sarkozy reste en position de faiblesse, nettement sous-évaluée. Qu'on en juge : disposant de la complaisance de la presse écrite, aux mains des "amis" industriels grassement enrichis par les commandes d'état ; président en fonction disposant d'une couverture médiatique comme chef de l'état, mobilisant 6 chaînes télévisées pour une prestation de plus d'une heure (et dont les vingt dernières minutes furent tout simplement catastrophiques) ; annonçant plusieurs réformes en un mois, après plus de quatre ans au pouvoir avec un parlement inféodé... qui croira les sondages ? N'avoir qu'un quart de l'électorat derrière soi avec de tels moyens pour sursaturer l'espace médiatique ? La situation du "sortant" est certainement pire que les propagandistes (on dit "communicants", de nos jours) veulent le faire croire. Mais, propagande ou basse manoeuvre aidant, un rebond reste possible.

Le challenger, M. Hollande, semble susceptible d'obtenir presqu'un tiers des suffrages au premier tour (toujours selon des sondages peu fiables). Il n'a pas été un mauvais contradicteur face à M. Juppé (le meilleur d'entre nous, selon Jacques Chirac). Et les images de la réunion du Bourget ont montré des militants socialistes (re)motivés. Mais être donné gagnant à l'avance est un sévère handicap, comme on l'a vu pour Giscard, pour Balladur, ou pour Jospin. Remplir des salles chaleureuses n'est pas le meilleur indice : seuls les convaincus se déplacent pour écouter un "leader", et à ce compte, M. Mélenchon fait presqu'aussi bien.
Enfin restent deux questions. Le programme, déformé ou mal diffusé (s'il est clair ?). Et les "amis" eux-mêmes, notamment tous les petits marquis de PS, apparatchiks ou notables régionaux, qui ne représentent que leurs intérêts, au vu de tous. Comment susciter l'adhésion populaire à un programme peu connu, inféodé à la commission de Bruxelles, et porté par de petits satrapes ?
Si les officines plus ou moins secrètes de l'UMP sont aux aguets, le candidat du PS peut couler du fait de ceux qui le soutiennent ; et d'abord de son propre camp, infiltré d'énarques notamment (et dont il est), lesquels méconnaissent la réalité sociale - que vivent au quotidien les électeurs.

Le prochain billet envisagera le cas des troisième et quatrième candidats (selon les sondages).