dimanche 29 avril 2012

Consortium (15)

L'élection présidentielle française (son premier tour) nous a contraint à la réserve la semaine passée : il était à craindre que les candidats nationalistes l'emportassent. Heureusement, les deux candidats en lice pour le second tour ne remettront pas fondamentalement en cause ni l'Europe, ni le système financier, sinon à la marge.

Donc nos amis financiers n'ont pas à redouter le proche avenir en Europe. Nos amis financiers, mais non les banquiers... qui devront accepter des pertes sur les dettes des états, des rééchelonnements douloureux, et une diminution de la masse des produits dérivés qu'ils ont créés (estimée de trois à sept fois le PIB mondial). Certes nos amis financiers non banquiers pourraient aussi essuyer des pertes, mais ils sauront sortir à temps, et laisser les banques se débrouiller avec du papier (sous forme électronique) sans aucune valeur. Les banquiers (banksters) sauront sûrement se faire renflouer en imposant aux états de puiser dans la protection sociale, de privatiser, d'augmenter les taxes et impôts divers, etc. Mais s'ils ne s'engagent pas dans la voie de la réduction de leurs encours douteux (voire fictifs), ils s'exposent à une déflagration mondiale du système monétaire et financier tel que nous le connaissons. En somme la galaxie bancaire est placée devant un dilemme : soit un "soft landing" de plusieurs années avec des pertes à maîtriser, soit une déflagration  qui fera disparaître les banques telles que nous les connaissons. Et nous doutons, au consortium, que la galaxie bancaire puisse se réformer d'elle-même. D'abord à cause de l'homogénéité idéologique des responsables (qui a contaminé le champ politique). Ensuite à cause de la pression concurrentielle qui incline au conformisme : je reproduis ce qui marche chez le concurrent au lieu de m'en démarquer. Enfin à cause d'une vision à court terme : le bénéfice annuel est presque vu comme du long terme !
Ne soyons pas sinistres : il existe toujours des banques "de niche" spécialistes d'un créneau, et qui ont surmonté les crises depuis 2002.

Pour nos amis industriels, la situation est embrouillée pour les années à venir. 
La hausse mondiale de la consommation de biens est encore une tendance lourde, mais les ressources tendent à se décliner et surtout à enchérir. Les industries qui peuvent à la fois absorber la hausse de leurs "intrants" et maîtriser les prix de vente, et leurs coûts, réussiront la quadrature du cercle. Pour les multinationales, l'enchérissement du coût des transports obligera à repenser les rapports entre lieux de production et lieux de commercialisation. C'est une évolution déjà en cours, voire suivant un modèle établi (voir Coca-Cola). 
Il faudra s'attendre à des mutations profondes pour ce que l'on appelle "sociétés de services", selon qu'elles s'adressent à des sociétés ou à des collectivités réglementées. Dans ce dernier cas, elles doivent s'attendre à une diminution des contrats, vus comme du racket.

La bataille, plus discrète, sur les ressources agricoles et sur les terres, est la plus grande opportunité : on ne peut se passer de manger (ni de boire). Ces deux secteurs, l'eau et l'alimentation, feront l'objet de notre prochaine réunion.

Merci de votre attention. 


vendredi 6 avril 2012

consortium 14


Consortium 14

Ce bulletin abrégé compète le précédent, qui traitait des émergents et de l'Afrique. Il est plus particulièrement consacré aux anciennes puissances industrielles : Japon, Amérique du nord, Europe (et plus).

Les situations sont variées et mieux documentées que celles d'autres ensembles économiques, suite à une vision encore centrée sur "le monde occidental", dénomination impropre puisqu'elle recouvre, selon les études, l'Australie, le Japon et la Corée du Sud (voire Taïwan). 

Le poids des Etats-Unis dans l'économie mondiale est appelé à se réduire. Le processus est déjà engagé quant à la production industrielle. Il ne s'agit pas d'un déclin, mais d'un réajustement vers plus de conformité avec le poids réel de la population, des ressources, etc. Vers l'importance réelle et non biaisée de cet état. fédéral. Le dollar et l'OTAN resteront encore quelques décennies des outils efficaces pour que les USA jouent un rôle surdimensionné par rapport à leurs réelles capacités. Mais le dollar commence à être contesté comme monnaie de change universelle et le sera de plus en plus, dans la mesure où la politique de la FED ne tient pas assez compte des obligations d'une monnaie de référence. A moyen terme, le dollar deviendra une monnaie parmi d'autres, puissante, mais non unique pour les échanges internationaux. 
Le traité de l'ALENA qui associe USA, Canada et Mexique au plus grand profit des premiers ne donne pas les résultats envisagés : cette pseudo-intégration encouragée par trois états n'a pas créé de prospérité.

Mais les multinationales prospèrent et c'est peut-être là que l'expansion des USA doit être évaluée, alors qu'elles existent depuis longtemps, et que leur importance semble sous-évaluée. Ces firmes mondiales, implantées sur tous les continents, sont la vraie puissance des USA. Plus que le dollar, plus que l'OTAN, ... Et de ce point de vue, les "bagarres" entre biotech, ingénierie financière, industries de base, ... sont à suivre avec attention. Car c'est sur le champ économique que se déroule la compétition, et non plus entre états. 

Ce dernier point concerne aussi le Japon. La banque centrale du Japon veille à maintenir le yen à des niveaux qui sauvegardent la compétitivité des entreprises exportatrices. L'assujettisement aux firmes multinatinationales est dans ce cas une évidence, officielle. 

Si l'on veut faire état de l'Europe, la situation est plus complexe, dans la mesure où il est difficile de savoir ce qu'est l'Europe. La zone euro ? Les états situés à l'ouest de la Russie ? De facto il existe en Europe au moins trois ensembles (qui ne sont pas conscients de l'être ( ensemble) : les pays nordiques, l'Allemagne et ses affidés, les pays latins (au sens large). Les pays nordiques ont une forte protection sociale, un fort taux d'imposition, un faible taux de corruption, et une démocratie solide (il faudrait leur adjoindre la Suisse). L'Allemagne et ses affidés ont aussi un faible taux de corruption, et une démocratie solide, mais la protection sociale y est en diminution. Les pays "latins" ont un fort taux de corruption, une protection sociale dispendieuse et peu efficace (pour cause d'opacité, pour rester poli), et une imposition inégalitaire, ou injuste. 

Mais le poids des firmes multinationales européennes transcende les nationalismes, qui apparaissent comme des jeux pour le peuple. Nestlé, géant de l'agroalimentaire n'a plus guère à voir avec la Suisse, ni Siemens avec l'Allemagne, ni Airbus avec la France ou l'Allemagne. 

En Europe comme aux USA, les puissances étatiques ont une réelle influence, mais les firmes mondialisées en ont davantage.


Pour nos amis investisseurs : suivez l'évolution des firmes mondialisées, et investissez en elles à long terme (comme Warren Buffet). Les politiques qui vont pressuriser les classes moyennes de ces pays sont un réajustement, certes brutal. Une remise à niveau. Qui croira que les "conquêtes sociales" puissent remettre en cause l'enrichissement de nos membres