mardi 17 juillet 2012

enfumage

Enfumage

Ce substantif masculin est de plus employé pour désigner la « communication » gouvernementale, politique ou celle de groupes institutionnels.
Il semble avoir deux acceptions, du reste compatibles :
a) il s'agit d'une action de communication qui vise à couvrir d'un voile de fumée (métaphorique) une situation ou une information que l'on veut soustraire à la vue (à l'opposé de la transparence) ;
b) il s'agit d'une action de communication qui vise à étourdir la conscience de ceux qui la reçoivent (leur faire perdre leur lucidité).

Dans les deux cas, l'emploi de ce substantif traduit surtout la méfiance des citoyens à l'égard du discours politique – principalement. En effet le discours publicitaire n'est pas encore visé, sans doute parce que l'on sait qu'il est faux dans ses promesses.

Il est vrai que les promesses électorales se sont nettement déconsidérées depuis le revirement des socialistes en 1983, reniant le « programme commun » sur lequel ils s'étaient fait élire. Et « les promesses n'engagent que ceux qui les croient », ce dicton cynique, a fait son chemin. Mais je ne saurais affirmer qu'avant 1983 le discours politique et électoral était plus fiable.

Les « communiquants » et les « éléments de langage » qu'ils élaborent, et que déclinent sur les medias (merdias?) hommes politiques voire pseudo journalistes ou experts, relèvent à la fois de la désinformation et du « staffelpropaganda » (modernisé grâce aux procédés publicitaires).

Dernier exemple en date, en France. Il ne faut pas prononcer les mots « rigueur » ou « austérité ». Mais l'on se gargarisera « d'effort juste ». Juste ? Les premières mesures annoncée ont été : le « gel » (en plein juillet-sic) des traitements des fonctionnaires (certes je simplifie), l'augmentation de la C.S.G. (contribution sociale généralisée) et la question reste de savoir si les retraités seront mis à contribution. Mais il va de soi que les classes moyennes et populaires sont préservées : les fonctionnaires n'appartiennent à aucune des deux, ni les retraités. Il se discute aussi d'impôts plus élevés sur les société, qu'évidemment elles ne répercuteront pas dans les coûts de leurs produits ou services, d'autant qu'elles ne disposent pas de fiscalistes payé pour les aider à pratiquer « l'optimisation fiscale » !
Certes, il ne faut pas juger trop hâtivement un gouvernement qui débute (jusqu'à quand débutera-t-il?). Mais le terme « enfumage » est bien là pour traduire une exaspération à voir répétés les mêmes procédés depuis trop longtemps.

Depuis 1973 au moins. Il y a toujours une crise, qui nécessite des sacrifices ou des efforts. Quand il y a des revendications sur les salaires, sur les conditions de travail, … ce n'est jamais le bon moment : faute à la conjoncture, et à la concurrence. Qu'on parle santé ou retraites, et l'on accuse les Français de « vivre au-dessus de leurs moyens » ; « nation d'assistés » est plus injurieux, mais les sarkozystes pratiquaient volontiers l'insulte à l'égard des Français. Les fonctionnaires sont toujours en effectifs pléthoriques (qui les embauche?) et inefficaces (qui les dirige?).

Et ce n'est qu'un petit florilège.

dimanche 15 juillet 2012

Survivalisme financier : le "kit"

La "crise" du système bancaire et financier qui dure depuis 2008 n'en finit pas de pénaliser les populations qui, en Europe pour l'instant, voient leur niveau de vie chuter : baisses de salaires, baisse des prestations sociales (santé et autres), inflation des prix réels, hausse des prélèvements directs et indirects, etc. Pour renflouer le système financier, les populations européennes sont pillées avec la complexité d'instances opaques et non élues, qui appliquent par idéologie des "recettes" obsolètes et inefficaces : prélever de l'argent public pour le système bancaire est un échec au Japon depuis une décennie au moins ; qui en a tiré la leçon ?

Quelles que soient les décisions des instances publiques - colonisées par les représentants des groupes de pressions représentant les intérêts de la sphère bancaire et financière - elles seront au détriment des contribuables, citoyens et épargnants européens. Voir ce qui se passe actuellement en Grèce, en Irlande, en Espagne, en Italie, au Portugal (mais aussi et plus discrètement, en France et en Belgique).

Quelques questions sont à se poser, dans des perspectives temporelles différentes selon vos engagements de crédit par exemple - en sachant qu'aucun économiste ne peut faire une prévision à un an !

1- Evaluez d'abord votre situation professionnelle et sa probable évolution.

Vous êtes fonctionnaire : l'emploi est censé être garanti, mais vous devrez vous attendre à la stagnation voire à la baisse de votre pouvoir d'achat (d'environ 20% sur les trois prochaines années). 

Vous êtes en CDI dans une très grosse entreprise. S'il n'y a pas de "plans sociaux" en vue, vous devriez pouvoir passer entre les gouttes pour trois ans. Mais les restructurations de services, les changements de "management", et autres restructurations internes peuvent affecter votre emploi, et plus...

Vous êtes en CDD ? La précarité vous connaissez, et cela risque de durer...

Si vous êtes chômeur - on dit "en recherche d'emploi", vous n'avez plus de situation professionnelle.

2- Dans l'ensemble des cas tablez au pire sur une baisse des revenus entrants de 20% à 30% sur les trois années à venir, donc taillez déjà dans vos dépenses compressibles.

Ce qui vous aidera à constituer une réserve liquide "de survie". En effet, sur chaque retrait d'argent liquide en euros, gardez 10% (pour l'instant) comme réserve pour le cas où l'on plafonnerait vos retraits d'espèces. L'idéal serait de disposer de trois mois de liquidités permettant de se dispenser des retraits d'espèces... mais leur stockage est difficile.

Assurez-vous que vos fonds sont garantis en cas de faillite de l'établissement (en sachant qu'il y aura des délais, et des conditions de retrait).

Ayez au moins 10% de vos économies non urgentes en or physique (pièces surtout). 

Enfin, voyez si vous pouvez rapporter un revenu complémentaire, en cas de besoin.

3- En tous les cas, reprenez la maîtrise de vos économies et de vos finances.

 En France, liquidez dès que possible votre assurance-vie. Vous la placerez vous-même en or ou en actions "solides", sans les frais de gestion - et vous resterez maître de vos décisions, sans doubler les frais de gestion. Le faire quand votre livret A sera à son maximum. 

Laisser le moins possible sur son compte courant (exemple : 3 mois de prélèvements).

Avoir une réserve de liquidités en espèces, pour la consommation courante (sans carte bleue, traçable).


samedi 14 juillet 2012

Europe : destruction programmée

L'on a vendu aux citoyens européens le mirage d'une Europe qui portait un projet de civilisation, de bonheur et de prospérité, qui pourrait même entraîner le reste du monde, qui pourrait rééquilibrer la marche du monde alors séparé en deux camps antagonistes.

Mais le ver était dans le fruit... et il n'a cessé de croître.

A l'époque des "fondateurs", il s'agissait déjà de constructions technocratiques sans consultation des peuples, et sur des objectifs limités à l'amélioration et à la coordination de politiques déjà existantes. Les premières coopérations européennes (limitées à quelques états) fonctionnèrent assez bien (CECA notamment). Elles ne concernaient que quelques pays d'europe continentale, et dans quelques domaines. Le premier grand raté fut la PAC (Politique Agricole Commune) qui connut des réussites (les européens sont autosuffisants) et de beaux ratés, depuis l'introduction du Royaume-Uni. 

L'élargissement de l'europe fut aussi une cause de sa décadence. L'introduction du Royaume-Uni, à des conditions d'exception, fut une erreur magistrale. Il était alors (et l'est un peu resté) le porte-avions des USA, qui n'entendaient pas abandonner leur hégémonie sur l'europe occidentale. L'exception britannique ouvrit la porte à d'autres "intégrations" assorties de conditions de plus en plus diverses. Elle modifia aussi la conception même de l'europe : d'une construction technocratique et étatique, l'on passait à un simple marché, sans régulations sérieuses, où chaque européen se trouvait en concurrence avec les autres.

L'idéologie libérale et sa glorification de la concurrence "libre et non faussée" fit le reste, et fut inscrite dans le traité de Lisbonne, qui devait servir de constitution à l'Europe. Rappelons à ce sujet que cette "constitution" a été souvent adoptée en catimini et sans débat, ou que la vox populi a été superbement ignorée. Rappelons aussi que Valéry Giscard d'Estaing, qui présida cette commission, n'avait eu de cesse de liquider l'héritage gaulliste pour imposer un libéralisme débridé et destructeur du rôle de l'état. 

Enfin l'on créa l'euro, monnaie qui devait permettre aux citoyens européens de commercer plus facilement entre eux, et qui devait être un recours face au dollar pour les transactions internationales. Mais c'était oublier que les USA ne renonceraient pas à l'hégémonie du dollar. Et qu'une monnaie commune sans autre vision relevait du néant. Résultat : nous avons une monnaie commune mais les pays qui européens qui ne l'ont pas adoptée se portent parfois mieux. Deuxième résultat : les disparités s'accroissent en Europe, devenue un simple marché (projet britannique). 

Où en est le projet européen ? La dissolution.

Dissolution de la démocratie, qui n'a jamais été le point fort des institutions européennes. Mario Monti, en Italie, n'a pas été élu, et d'autres qui le sont ou le seraient, sont inféodés qui à Goldmans Sachs (GS), qui à une autre institution bancaire, ou à un groupe de pression...

Le parlement européen élu n'a guère de pouvoir.

Les instances financières européennes (opaques) sont colonisées par des mandataires de GS, ou de banques similaires.

Les libéraux avaient déjà vidé tous les traités de leur substance : le seul "modèle" étant la concurrence "libre et non faussée", les peuples européens étaient mis en concurrence avec le sahel, le bengladesh et la birmanie, la chine, voire la corée du nord....

A la crise actuelle dont on nous dit qu'elle est financière, la réponse institutionnelle est, semble-t-il, plus d'intégration européenne, plus de contrôle financier par Bruxelles, et donc moins d'autonomie nationale.

Le problème est que l'on prétend sauver les banques en appauvrissant les populations, ce qui est un hold-up, qui ne résoudra pas la crise financière, mais spoliera les contribuables et appauvrira les travailleurs (et les autres) : la régression sociale et du niveau de vie sont programmées ou en cours. Beau "projet de civilisation" !

Si les révoltes contre cette asphyxie se coordonnent, les robocops anti-émeutes ne suffiront pas, car le basculement dans une guerre civile multiforme n'est pas à exclure.

vendredi 13 juillet 2012

compétitivité, qu'ils disent

La dernière antienne à la mode est "l'amélioration de la compétitivité" des travailleurs (qu'il reste encore) en France et en Europe.  Qu'est ce que la compétitivité ? En se référant au Trésor de la Langue Française (informatisé), l'on découvre qu'il s'agit de l'aptitude d'une personne ou d'un groupe de se mesurer à la concurrence.
Quand le MEDEF ("syndicat" patronal français) emploie cette formule, il veut parler des coûts du travail, comparés (toujours) à d'autres contrées ou les salaires sont moins élevés, ainsi que les "charges", la durée hebdomadaire et annuelle étant plus élevée (l'argument de la productivité ne tardera pas à revenir). Et la mondialisation mettrait en concurrence les travailleurs du monde entier.

Un peu de sémantique ne fera pas de mal, car la presse financière et les groupes de pression ou d'influence tordent le sens des mots, imposent leur novlangue ou leur "staffelpropaganda" pour imposer leur façon de penser comme la seule possible, et comme une évidence.
D'abord, considérer les salaires comme des "coûts" et les cotisations comme des "charges" relève d'une vision comptable à court terme. Les salariés (pardon, les "collaborateurs" - on n'ose dire "collabos") produisent,  et leur travail engendre les profits de l'entreprise, supérieurs à la somme de leur salaires et "charges". Assez supérieurs pour que les actionnaires ou investisseurs, et la direction, soient rétribués, que les impôts soient payés, et qu'il reste pour investir et développer l'affaire. Si les salaires étaient seulement un "coût", il y aurait deux solutions pour éliminer ce "coût".

Soit une automatisation totale, ... mais les machines coûtent cher, à l'achat, et en maintenance ... et l'on ne peut tout automatiser. Quant à adapter la production à de nouveaux besoins avec un parc d'automates non encore amorti ... c'est impossible. 
Soit pratiquer l'esclavage. Mais l'esclave n'est ni formé ni coopératif. De plus il faut quand même lui assurer de quoi survivre (sauf dans les camps de travail nazis). Depuis le XIXe siècle et peut-être avant, le plus simple a été d'acheter la force de travail (et les compétences), en fonction "des prix du marché" (qui se faussent aisément). Au XVIIe siècle les crocheteurs se louaient à l'heure ou à la demi-journée aux mieux offrants, place de Grève. Mais pour des emplois plus qualifiés, il existait déjà des contrats, qui assuraient à l'employeur une prestation durable et au contractant des garanties de rémunération, d'horaires, etc. Le travail à la tâche est resté prédominant jusqu'au XIXe siècle où le salariat s'est répandu peu à peu pour devenir la norme au XXe siècle, avec l'apogée des "trente glorieuses" (pas pour tout le monde, hélas). Puis sont venues les cotisations pour garantir un peu de sécurité aux travailleurs : maladie, chômage, voire retraite (qui est aussi un salaire différé). Si la combativité de nos ancêtres nous vaut encore en Europe occidentale ces systèmes de solidarité, ils ont aussi été dévoyés et détournés de leurs fondements dans la plupart des pays européens. Voir le pillage des systèmes de santé publique par les laboratoires qui fixent partiellement les prix de vente des médicaments, par les "professionnels de santé" dont les honoraires poussent à l'inflation, etc.

Qu'est-il proposé pour rétablir la compétitivité du travailleur français ? Il faudrait d'abord savoir en quoi elle aurait diminué, et pourquoi il faudrait l'augmenter. Mais ces questions ne seront pas traitées, à cause de TINA (There Is No Alternative), c'est-à-dire clairement : "allez vous faire voir ailleurs, on est entre gens sérieux". 
Pour que le "coût salarial" diminue, les organisations patronales proposent 
  • que la part des cotisations patronales soit versée par l'ensemble des contribuables, en France, sous la forme d'une augmentation de l'impôt (CSG ou TVA). 
  • que les "contraintes" du code du travail soient révisées. Les CDI devenant l'exception, les embauches et licenciements se faisant plus souples : un vaste retour au travail à la tâche, en somme.
  • arrêtons là, les 35 heures, les congés payés, et même le contrat de travail sont des freins à l'embauche ; mais les subventions et les aides sans contrepartie, on n'en parle pas : il suffit de se présenter au guichet....
Le discours de quelques instances patronales (trop bien relayé par les médias) est d'une indigence consternante. Et surtout contradictoire.
  • Si les salariés européens doivent voir leur salaire s'aligner sur les bas salaires mondiaux, ils devraient voir aussi leurs dépenses (et donc les prix qu'ils payent) s'aligner sur les plus bas prix.
  • Les prestations de santé et d'éducation (au moins) devraient être chiffrées quand on veut comparer les salaires, sans compter les questions de retraite.
NON
Le discours hystérique de quelques représentants autoproclamés du "patronat" est aussi caricatural que celui qui s'opposait à la fin du travail des enfants de moins de douze ans au XIXe sicle.
Quand aurons-nous une droite moins obtuse, et j'ose l'oxymore, une droite intelligente ?




lundi 9 juillet 2012

canicule et gouvernance

Dans quelques semaines, l'on manquera de fêter le dixième anniversaire de la canicule de 2003 qui se solda par plusieurs dizaines de milliers de morts en France.
C'est bien dommage, car ce fut un exemple rare de "gouvernance", mot dont on commençait à se gargariser avec l'inoubliable premier ministre Raffarin.

Rappelons, de façon très lapidaire, les événements. 

Après un début de juillet "pourri", la dernière semaine de juillet et les deux premières semaines d'août virent d'abattre sur la France une vague de chaleur "caniculaire", en ce sens que les températures élevées de la journée (au dessus de 35°C à l'ombre) n'étaient pas compensées par une baisse des températures nocturnes, qui tendaient à rester au-dessus des 26°C. 
Les personnes âgées en état d'hyperthermie avancée et de déshydratation affluèrent alors dans les services d'urgence des hôpitaux. Lesquels alarmèrent rapidement leur ministère de tutelle, dans un premier temps avec discrétion. Le silence de ce ministère convainquit quelques courageux à informer la presse : pour eux il n'était pas question de laisser mourir en silence... et en masse.

Quelle fut la réponse des "autorités", en l'occurrence du ministre de la santé et du premier ministre : la gouvernance !

Dans un premier temps le ministre de la santé fit une belle intervention télévisée depuis son lieu de vacances, en tenue de vacancier, où il nia tout problème : c'était de l'agitation politique et les urgentistes qui s'étaient adressés aux médias avaient des visées politiques personnelles...  Un ministre de la santé qui assimile un problème de santé publique à une manoeuvre politicienne peut-il être considéré comme compétent en matière de santé ? Non, diriez-vous. Mais pas en France. Il sera recyclé à la direction de la Croix Rouge ...

L'opinion commençant à gronder, malgré les vacances, la deuxième phase se mit rapidement en place. En trois temps.
Le premier ministre monta en ligne. 
a) Il s'agit d'abord de déconsidérer publiquement ceux qui avaient donné l'alerte (en prolongeant le propos du ministre de la santé).
b) Très vite, l'on accusa les familles d'avoir délaissé leurs anciens : au lieu de profiter des congés payés, ils auraient dû rester assister leurs anciens (pour lesquels ils croyaient qu'en finançant leur maisons de retraite, elle pourvoiraient à leur santé). Quand le pouvoir s'est rendu compte qu'il ne s'agissait pas d'ancêtres abandonnés mais souvent de personnes qui avaient choisi de vivre seules et autonomes, les foudres de la propagande se sont déchaînées sur le manque de solidarité du voisinage

c) Alors est arrivée la sanction : le rétablissement de la corvée, joliment nommée "journée de solidarité", par le premier ministre Raffarin. 
Il était dû (et cela existe toujours) un jour de travail de tous les salariés (et eux seuls) pour abonder un fonds destiné à une meilleure prise en charge de nos anciens.

C'est un bon modèle de "gouvernance" que nous avons vu.
  • Si un problème grave se révèle, l'on sanctionne d'abord ceux qui le signalent. En effet, tant que le problème n'est pas publié, il n'existe pas. 
  • Si le problème parvient à la connaissance publique, l'on commence par déconsidérer ceux qui l'ont fait connaître (diffamation publique).
  • On cherche ensuite des "coupables" ou des "boucs-émissaires" à l'aide d'une manoeuvre de propagande (pardon, "d'éléments de langage").
Habituellement, la procédure s'arrête là. Mais Raffarin a réussi à "transformer l'essai" : chaque salarié (et seulement les salariés) doit une journée gratuite de travail (la corvée, en somme), et sans clairement et publiquement savoir ce qu'elle devient. L'incompétence gouvernementale est payée par tous, sauf par ceux qui l'ont exercée.

De l'impéritie d'un gouvernement pour la "gestion" de la canicule de 2003, que reste-t-il ?
  • le ministre incompétent a été recasé à la direction de la croix-rouge française 
  • le premier ministre Raffarin sévit toujours
  • l'urgentiste Pelloux a acquis en notoriété (et c'est tant mieux), mais reste visé
  • tous les français salariés (et eux seuls) sont soumis à une journée de corvée, sans que clairement soit diffusé ce qu'elle rapporte et à qui.
Or ce rétablissement de la corvée est le plus dangereux des coups de canifs successifs au contrat de travail et au contrat social : il reste encore 364 jours corvéables ... Libéraux et Raffariens, encore un effort : il reste plus de trois cents journées corvéables pour compenser votre impéritie.


mardi 3 juillet 2012

Consortium (18)

Le Consortium ne s'est pas formellement réuni depuis le précédent communiqué, la prochaine réunion est prévue pour la mi-septembre, à Djakarta ou Singapour.

Mais nous étions quelques-uns à Berlin vendredi dernier, à l'occasion du sommet européen qui a une fois de plus sauvé l'euroland. 

Que nos associés se rassurent, rien de nouveau sous le soleil : le dollar US ne sera pas détrôné. 

En effet, il a principalement été décidé de soutenir les banques par un fonds européen (je traduis à la hache ce qu'emberlificotent les communiqués). 
D'où viendra l'argent de ce  fonds (MES) ? Des états et du marché, les états restant les garants des sommes levées sur les marchés (et donc empruntés aux banques in fine). Ce tour de bonneteau se reportera finalement sur les contribuables européens, au prix d'une réduction de le dette des états -et des prestations sociales (c'était une trop grande masse d'argent pour ne pas en profiter).
Joli "coup" institutionnel, l'intégration financière sera renforcée : les budgets nationaux passent sous tutelle européenne de leur conception à leur exécution (et avec des sanctions). Les citoyens européens n'auront plus leur mot à dire, mais il leur restera les questions sociétales : oui ou non au mariage gay, à l'adoption par les couples homosexuels, et autres fadaises.
L'Europe est-elle sauvée pour autant ? Cela dépend. Si l'on parle de l'euro comme monnaie commune et de la dette des états (qui vient de celle des banques), il sûr qu'un répit a été gagné. La question reste de savoir de combien de mois. Il faut guetter trois échéances : 
  • septembre-octobre 2012 : les "plans d'ajustement structurel" donneront leur pleine mesure en termes de chômage, de baisse de la consommation, et de baisse du PIB ;
  • novembre 2012 et le résultat des élections présidentielles aux USA : ce qui aura été contenu avant l'élection risque de lâcher brutalement ;
  • janvier-février 2013, quand les réformes européennes commenceront à entrer en oeuvre, et l'on aura droit à d'autres sommets "de la dernière chance", parce que les réels problèmes n'ont pas été abordés.
Il est fort probable que les USA reviennent en première ligne sous l'oeil des marchés, et l'on verra que les problèmes financiers de l'europe relèvent de l'anecdote. Toutefois le grand public, voire une grande partie des initiés qui paient à prix d'or de l'information, personne ne sera mis au courant de la situation économique réelle des USA. Sauf déflagration en novembre, juste avant ou juste après les élections. Mais il est plus probable que, comme d'habitude, même les quelques alarmes soient infiniment minorées par rapport à la réalité, et que l'on continue à "faire comme si" l'on maîtrisait la situation, alors qu'elle a déjà échappé à tout contrôle (les produits dérivés gérés par les cinq plus grandes banques d'affaires US représentent 7 fois le PNB planétaire : comment pourraient-elles le rembourser ,).

Amis et membres du consortium, vous pourrez sans doute faire de bonnes affaires dans les deux mois qui viennent, par de rapides allers-retours en bourse. Mais soyez prudents à l'automne.
Merci de votre attention.